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Les trésors de la Médiathèque en exposition


Des manuscrits entre traces et effacement

Coordination : Abdelmajid Arrif  &  Hassan Moukhlisse    Photographies : Ziad Alset    Texte : Abdelmajid Arrif


 

Un manuscrit renferme dans ses plis et replis tout autant la pensée de son auteur ou le labeur généreux du copiste, que le savoir-faire et l’esthétique de sa fabrique. Une physique faite d’une matérialité sensible, de l’esthétique de la graphie, des nervures du papier et des fils qui nouent entre elles les lignes de sa composition.
Un art du scripturaire et de la composition qui relève d’une œuvre hybride ; une hétérographie faite de gestes d’artisan, de dessins, de combinaisons de lignes et de formes, d’images et d’illustrations… La corporéité du manuscrit touche la nôtre. Le toucher, le goûter, le voir et l’écouter [1] en récits verbalisés lui offrent un horizon pluriel de réception : plaisir des sens, sacralité, vertus thaumaturgiques, consommation artistique, exotisme de l’alphabet en souffrance du sens de la lettre. Ainsi, il traverse les barrières et les niveaux entre les cercles des lettrés et ceux qui en sont exclus. Sa force hybride délie le lien entre l’écriture et la lecture.

Le manuscrit renferme le temps, un temps non figé mais ouvert à la réécriture, à la reprise et à l’effacement. Il est soumis à la vie intrinsèque de la matière du support et de ses ingrédients empruntés au monde du vivant.
L’objet est serti d’intentions et d’attentions pour s’inscrire dans le temps de la transmission, des mobilités des savoirs et de l’exil.
Il cristallise en palimpseste l’histoire de ses cheminements entre ombre et lumière, exposition publique et rétention privative. 
Aujourd’hui, la patrimonialisation des manuscrits, soumise à l’interrogation brûlante et angoissée face à la fragilité de leur physique et la précarité de leur condition, pousse à en restaurer le corps, à en réparer les blessures du temps. Une patrimonialisation animée par un idéal paradoxal : soustraire les manuscrits à la lumière, leur offrir une tombe protectrice et ne faire circuler que leur « fantôme » dématérialisé. Une hybridité que le numérique leur réinvente pour les inscrire dans l’ordre de la série et de la « reproductibilité » et les exposer en réverbération, d’écran en écran, condition nécessaire de la sauvegarde du corps unique à l’ombre de la vie : toucher, goûter, voir, écouter…

Pour cette exposition, nous avons privilégié l’esthétique de la physique des manuscrits : graphies, encres, pliures, pigments et chimie de la dégradation du temps qui passe et de ses éclats de poussière, de lumière…

L’exposition virtuelle Des manuscrits : entre traces et effacements présente une sélection d'images tirées de manuscrits du Fonds Roux déposé à la Médiathèque SHS de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme.

Abdelmajid Arrif


 

Note :

[1]Fernando Bouza, Hétérographies. Formes de l’écrit au siècle d'or espagnol, Caza Velázquez, Madrid, 2010.