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Jacques Revault (1902-1986) [1]

Lucien Golvin, professeur à l'Université de Provence, Aix-en-Provence.

 

Le 8 septembre 1986 mourait Jacques Revault, membre très actif du groupe de Recherches et d'Études sur le Proche Orient d'Aix-en-Provence. Homme infatigable, toujours tourné vers l'avenir, à plus de 80 ans, il n'avait pas hésité à entreprendre de longues enquêtes sur le terrain. C'est au Maroc, en 1928, qu'il découvrit le monde musulman auquel il allait consacrer toute sa vie. Après quelques mois d'initiation auprès de Prosper Rocard, Directeur du Service des Arts Marocains, il se vit chargé de la circonscription de Meknès. Il y découvrit, avec passion, le monde berbère. Bien vite, il allait révéler toutes ses qualités d'ethnologue par une fréquentation assidue des tribus berbères du Moyen Atlas : Marmoucha, Beni Mguild, B. Zayyân, Zemmour lui devinrent familiers. Auprès des tisseuses, il s'initiait au travail de la laine, aux procédés de teintures végétales, au tissage des tapis et tentures sur métier vertical. Il réunit alors une importante collection de ces produis et il fonda le Musée de Meknès dans un beau palais : Dâr Jamaï. Mais son œuvre marocaine devait s'arrêter là ; d'autres horizons s'ouvraient à lui, à Tunis où, en 1936, il fut appelé à créer un service analogue à celui du Maroc. Chargé d’inspection des écoles de filles musulmanes, il sut profiter de ces organismes pour amorcer les grandes lignes de son programme : enquêtes dans les familles, régionalisation des arts populaires, rénovation des techniques en voie de disparition, adaptation à des besoins nouveaux... Puis, il créa successivement les centres artisanaux de Tunis et sa banlieue, de Nabeul, de Kairouan, de Sfax, de Gabès, de Djerba, de Gafsa, de Bizerte, tous dotés d'expositions permanentes régionales qu'il se refusait à appeler des musées car il les voulait vivantes et axées vers les artisans et artisanes. Il créa, en complément de ces organismes pédagogiques, les coopératives artisanales appelées à la vente des produits au profit des travailleurs. Jacques Revault était partout, ne marchandant ni son temps ni sa peine, encourageant, conseillant, critiquant. Directeur pointilleux, exigeant, il ne tolérait pas de laisser-aller chez ses collaborateurs. Avec leur aide, il publia la série des Tapis tunisiens (4 volumes) évitant l'emploi (qui lui semblait prétentieux) du mot : corpus. Il créa et dirigea les Cahiers des Arts et Techniques d'Afrique du Nord, et il fut à l'origine des Congrès triennaux des Arts Nord-Africains qui se tenaient tour à tour en Tunisie, en Algérie, au Maroc.

Après l'indépendance de la Tunisie, il ne quitta pas un pays auquel il avait tant donné et il créa l'antenne CNRS de Tunis grâce à laquelle il put poursuivre ses enquêtes sur l'habitat à Tunis et dans sa banlieue et ce furent les 4 volumes de Palais et Demeures de Tunis ; il recueillit en outre une abondante documentation photographique et graphique sur le costume masculin et féminin citadin et rural, sur les outils, les poteries modelées, etc.

L'âge de la retraite arriva trop vite à son gré, il lui fallut se replier à Aix-en-Provence où il ne tarda pas à se mettre à la disposition du GREPO. C'est sous la tutelle de cet organisme para-universitaire qu'il fut chargé d'aller, en Egypte, reprendre l'œuvre inachevée d'Alexandre Lézine. Il allait mettre toute son expérience tunisienne dans l'étude des palais et demeures bourgeoises du Caire, aidé de Bernard Maury, puis de Mona Zakariya ; trois volumes parurent, édités par l'Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire, études reprises dans deux tomes édités par le CNRS : Palais et Maisons du Caire. Puis, en 1977, il reprit contact avec le Maroc, et, dès 1978, il entreprit, dans la Médina de Fès, l'étude des Palais et demeures de Fès ; il publia le premier tome (CNRS) en 1985 et il rédigea pratiquement tout le tome II, mais la mort le surprit, à l'âge de 84 ans alors qu'il s'apprêtait à repartir à Fès et qu'il échafaudait des projets nouveaux.

Retrouvant les enthousiasmes de sa jeunesse, il était littéralement envoûté par la grande et belle Médina de Fès ; l'amour qu'il lui porta, la ville le lui rendit en organisant, en juin 1988, un colloque très réussi et parfois émouvant, à sa mémoire.

Le GREPO s'honore de l'avoir compté parmi les siens, il fut, pour tous, un exemple et un conseiller écouté, un ami sincère et fidèle, un de ceux que l'on ne saurait oublier. 

 

Bibliographie 

Livres

Articles 

  • «Les arts tunisiens», in Atlas historique, géographique, économique et touristique de la Tunisie, Horizons de France, 1937.
  • «Arts traditionnels en Tunisie», in Tunisie, Encyclopédie coloniale et maritime, Paris, 1947.
  • Cahiers des Arts et Techniques d'Afrique du Nord, Horizons de France, de 1951 à 1974, 7 numéros.
  • «Broderies tunisiennes», in Cahiers des Arts et techniques d'Afrique du Nord, Tunis, 1960.
  • «Notes sur les instruments traditionnels de musique populaire dans le sud tunisien», Actes du VIe Congrès international des Sciences anthropologiques et ethnologiques, Paris, 1960.
  • « Résidences d'été à Sidi bou Said, les villégiatures estivales de la bourgeoisie tunisoise », in Cahiers des arts et techniques de l'Afrique du Nord, n° 6, 1960-61.
  • «Sidi Ammar, patron du village d'Ariana», Cahiers des arts et techniques de l'Afrique du Nord, n° 6, 1960-61.
  • «La Grande synagogue de Tunis», in Cahiers de Tunisie, n° 41-42, 1963.
  • «Le Dar Hussein à Tunis», Cahiers des arts et techniques d'Afrique du Nord, n° 7.

Articles en ligne

 

Nécrologie

 

 
 Source :
 
[1] Golvin Lucien - Jacques Revault (1902-1986), Annuaire de l'Afrique du Nord - Paris, Editions du CNRS, 1988, pp. 611-612, Vol. 25.
 
http://aan.mmsh.univ-aix.fr/volumes/1986/Pages/act-scientif-Jacques-Revault.aspx