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Collection Christian Bromberger


Iran : le Gilân, Rituels de moharram à Téhéran

 

Présentation

 

Coincée entre les hauteurs de l'Alborz et la mer Caspienne, la province du Gilân occupe une position marginale dans l'espace iranien. Jouissant d'un climat subtropical humide, elle offre au regard ses rizières marquetées, ses jardins d'agrumes, ses plantations de mûriers pour la sériciculture, ses champs de thé, un paysage vert qui contraste avec l'ocre du proche plateau iranien. La plaine littorale qui s'élargit dans le delta du Sefid Rud, le grand fleuve traversant la province, est le grenier à riz de l'Iran et s'y sont développées, à travers l'histoire, des activités de production tournées vers le commerce : la soie qui attirait dans la seconde moitié du XIXème siècle et au début du XXème, les représentants des maisons de Milan, de Lyon, de Smyrne…, le tabac dont la culture a été introduite en 1875, le thé, exploité depuis 1902, à l'initiative du consul de Perse en Inde, dans les dernières année le kiwi qui est venu compléter la gamme des agrumes cultivés. La paysannerie locale a donc été ici très précocement immergée dans une économie de marché, proche du monde des villes, attentive à la fluctuation des demandes et des prix, au mouvement des hommes, des choses et des idées. Au milieu du XIXème siècle, cette plaine n'était, selon les mots du consul russe de l'époque, qu'une « forêt habitée », parsemée de clairières cultivées. Depuis, sous l'effet de l'évolution démographique (la densité de la population atteint aujourd'hui 400 habitants au km² dans les zones les plus fertiles), ne subsistent que de rares futaies et les terroirs sont surexploités. On cultive les légumes sur les bourrelets qui séparent les rizières, sur les bordures des routes, on crée des réservoirs pour pratiquer la pisciculture, on multiplie les plantations de peupliers - qui poussent vite et font l'objet d'une forte demande sur le marché de la construction. Les petits paysans, dont les terres sont insuffisantes pour entretenir leur famille, sont souvent polyactifs et complètent leurs revenus par un travail secondaire dans le commerce, le bâtiment, les transports, au village ou dans la ville proche. Beaucoup d'entre eux émigrent vers les centres urbains. Cette province originale a été le théâtre d'un mouvement révolutionnaire (le mouvement jangali - « forestier », 1915-1921) qui a donné lieu à une éphémère République socialiste soviétique d'Iran (1920-1921).

Sur cette province, on peut consulter :

Christian Bromberger, Un autre Iran. Un ethnologue au Gilân, Paris, Armand Colin, 2013.


La plupart des photos ont été prises à Laskukalâye, un village de la plaine centrale dans les années 1990-2000. D'autres photos ont été prises à Rasht, la capitale régionale ou encore dans la région montagneuse du Tâlesh qui domine la plaine à l'ouest et à Téhéran dans les années 2000. En particulier, une série de photos montre les cérémonies de âshurâ en 2008.